C’est quoi le mouvement sexpositif ?

Deux personnes aux carnations différentes, jambes entrelacées sur un lit aux draps blancs dans une lumière dorée - image évoquant l'intimité et la complicité
Photo de Womanizer Toyssur Unsplash

Tu connais peut-être le libertinage. Le mouvement sexpositif, c’est un autre univers : mêmes envies, autres règles du jeu.
Et Les Chaudières, c’est un lieu qui se veut justement à la croisée de ces deux mondes.

Le libertinage : la liberté comme point de départ

Le libertinage, c’est une forme de sexualité de groupe qui s’est construite en réaction au couple monogame hétéropatriarcal. L’idée : avoir un espace où l’on peut papillonner, où ça ne pose pas de soucis de ne pas être monogame·e, un lieu où l’on peut se libérer le temps d’une soirée.

Dans un club libertin classique, la logique du lieu fonctionne comme une autorisation implicite. « Si les gens sont là, alors iels* sont d’accord avec tout ce qui se passe ici. On est « libre » : libre de toucher, libre de draguer, libre d’approcher. C’est fait pour ça, non ? »

Le problème, c’est que cette logique passe à côté de plein d’enjeux, en particulier niveau consentement.

Imagine une personne timide, qui n’ose pas repousser clairement une avance. Une femme plus âgée, très sûre d’elle, qui pose une main sur l’épaule, caresse une jambe, s’invite dans la conversation en forçant le passage. La personne en face ne sait pas quoi dire. On nous a appris à être gentil·les, à ne pas vexer les étrangers·ères. Alors on reste là, mal à l’aise, sans pouvoir formuler un « non » ou un « laisse-moi tranquille ». Ce n’est pas du consentement. C’est une agression. Une micro-agression, certes, pas de quoi envoyer quelqu’un en prison, mais une agression quand même.

C’est exactement ce mécanisme que le mouvement sexpositif cherche à démonter.

*iels : néo pronom personnel, fusion de « ils » + « elles ».


Le mouvement sexpositif : écouter avant de toucher

Le mouvement sexpositif est né du féminisme. Il part d’une volonté d’égalité, d’une volonté de casser les codes hétérosexuels et patriarcaux. Son principe fondamental : ce n’est pas parce que quelqu’un·e est présent·e qu’iel est forcément d’accord avec ce qui se passe.

Dans ce cadre, le consentement n’est pas implicite. Il est explicite. Pour s’en souvenir, on dit qu’il est RÉELS :

  • R comme Réversible : je peux changer d’avis quand je veux (même quand on a déjà plus de vêtements, même quand on est déjà en plein milieu d’une pratique…).
  • É comme Éclairé : je sais exactement à quoi je dis oui. Si je dis « oui » pour une session de klismaphilie ou de vorarephilie, c’est que je sais ce que c’est. Mais aussi, parce que je sais avec qui je m’engage, à peu près pour combien de temps…
    – Je ne peux pas dire un vrai « oui » si je suis endormi·e, saoul·e ou sous l’emprise de produits.
  • E comme Enthousiaste : un « haaa OUI ! » est un oui. Un silence, un regard détourné, un « j’sais pas », un « bof » ne sont pas des « oui », ce sont des « non » !
  • L comme Libre : personne ne m’oblige. Je ne peux pas dire « non » si dire « non » risque de me causer du tort. Et si je ne peux pas dire « non » ; le « oui » n’est pas fiable.
  • S comme Spécifique : je peux dire oui à certaines choses et non à d’autres, avec certaines personnes et pas d’autres. (« carrément, touche moi partout mais pas cette zone… »

Ce n’est pas un truc de wokiste ou une théorie délirante. Ça concerne aussi bien les hommes que les femmes ou les minorités de genre : le féminisme, c’est pour tout le monde. Le mouvement sexpositif aussi.

Et au passage, ce n’est pas juste « un truc de cul ». C’est un mouvement militant et pédagogique, qui cherche à faire de la recherche, de l’éducation, à aider les gens à apprendre à se parler, se toucher, interagir… avec consentement et harmonie.


« Mais ça va tuer le désir, le spontané ? »

C’est souvent la première objection qu’on entend.

Et la réponse est directe : justement, on ne cherche pas le spontané. On cherche le consensuel.

Il ne s’agit pas de « draguer »*, au sens de chasser. Il s’agit de séduire. Et la séduction, c’est quelque chose qui se fait à deux. C’est une danse continue où chacun·e propose un pas. Ce n’est pas quelque chose qu’on impose.

Discuter de ce qu’on a envie de faire avant de le faire, c’est des préliminaires qui se passent dans notre imagination. C’est très sexy.

*Pour l’anecdote, « draguer », ça veut aussi dire « racler le fond » ça donne pas tant envie, hein ?


Les Chaudières : un lieu qui n’existait pas encore

Le mouvement sexpositif est un mouvement relativement jeune et militant. Anti patriarcal, souvent anticapitaliste aussi. Et créer un lieu en dur, ça coûte cher. Beaucoup de gens ne sont pas à l’aise avec l’idée de « faire de l’argent » sur la sexualité et la découverte de soi. Du coup, le mouvement existe surtout sous forme d’événements ponctuels. Très peu de lieux permanents existent.

Des projets émergent, des gens essaient. Mais ça reste rare. Le mouvement sexpositif existe aujourd’hui surtout de façon perlée, au gré de festival ou d’événements privés organisés ici et là.

Nous avons choisi de créer une association. Parce qu’on veut respecter ce cadre militant, pédagogique, féministe et donner naissance à un lieu où les sexualités alternatives peuvent exister sur le long terme, et accessible sans cooptation.
Accessoirement, l’argent sert à payer les frais du lieu, pas à faire des bénéfices. Les membres du bureau sont bénévoles. Et a fortiori, tous les gens que vous croiserez aussi. 

Le vrai changement que ça implique : toute personne membre peut venir passer derrière le bar ou à l’accueil pour aider volontairement. Il va falloir que la communauté soit capable de filer un coup de patte pour que le lieu perdure. C’est un lieu se voulant communautaire, favorisant l’entraide.

C’est notamment ce qui lui permet d’être moins cher qu’un club classique.


Comment ça se passe concrètement ?

Avant même d’entrer, tou·tes les participant·es passent par un questionnaire qui vérifie que les principes du consentement et les règles du lieu ont bien été compris·es.

Dans le lieu, chaque pièce a un niveau affiché clairement : niveau de nudité (par exemple, de N0 : tenue habillée, à N2: nudité complète autorisée) et niveau de sexualité (par exemple de S0 : espace relationnel, câlins et baisers, à S4: pratiques kink intenses). Ce qui est autorisé dans chaque pièce est clair, visible, non négociable.

Et pour communiquer son consentement sans avoir à parler : un système visuel à base de port de bracelets :

  • Pas de bracelet = on n’est pas disponible aux échanges, on est là pour voir ce qui se passe.
  • Bracelet couleur 1 = on est là pour papoter.
  • Bracelet couleur 2 = on est ouvert·e aux propositions plus crues.

Venez apprendre

Les Chaudières, c’est un lieu à la croisée du BDSM, du libertinage et du mouvement sexpositif. Un lieu qui n’existait pas encore sous cette forme à Nantes.

Ce que nous proposons, c’est un espace où l’on peut :

  • Découvrir des pratiques dans un environnement où le lieu fourni un cadre ;
  • Apprendre comment mettre en place le consentement explicite en situation réelle ;
  • Rencontrer des personnes partageant les mêmes aspirations ;
  • Profiter d’installations balnéo (sauna, spa, douches) ;
  • Se reposer dans des espaces sans sexualité ;
  • Explorer sa sexualité en groupe dans un cadre beaucoup plus sécurisé

Si vous venez, vous apprendrez plein de choses sur la sexualité, de groupe ou pas, et sur le consentement.

Et ça, c’est le plus important.


Curieux·se d’en savoir plus sur notre fonctionnement ? Lisez aussi notre article sur les munch, les soirées de rencontre sans pratique sexuelle, idéales pour découvrir la communauté en douceur.

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